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Monument aux Morts
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Brou, tout le monde ou presque sait où se trouve le Monument aux Morts, "Square du Poilu".

Mais qui sait comment son installation a eu lieu à cet endroit ?

Voici un petit résumé de cette implantation qui amena quelques discordes au sein du Conseil municipal.

Une des deux tombes miltaires du cimetière de Brou.Si les monuments à la gloire de soldats existent depuis des siècles, ils étaient pour leur grande majorité érigés en l'honneur des chefs militaires ou de quelques héros régionaux.
Après la guerre de 1870-1871, il y eut bien quelques monuments aux Morts qui furent construits, mais il fallut la loi du 4 avril 1873 pour trouver des tombes militaires dans les cimetières.
Ces sépultures sont le plus souvent des fosses communes où sont enterrés les soldats français et parfois prussiens. A cette époque, les soldats ne portaient pas encore de plaque d'identité individuelle permettant leur identification. Beaucoup de ces hommes qui sont morts sur les champs de bataille étaient des soldats "inconnus".
Ces tombes, presque toujours anonymes, sont toutes sur le même modèle : un entourage de barreaux décorés surmontés d'une lice et, sur la face avant une plaque portant l'inscription " Tombes Militaires – Loi du 4 avril 1873", le tout en fonte. Elles doivent être entretenues par la commune.

Détail de l'insciption

Monsieur Félix Charpentier (1858-1924)Au commencement de la guerre de 1914-1918 cette pratique se poursuit, mais en 1915, l'importance des décès impose alors la prise de mesures pour l'organisation des sépultures.
C'est ainsi que la loi du 2 juillet 1915 institue la mention "Mort pour la France".
Ensuite la loi du 29 décembre 1915 donne droit à la sépulture perpétuelle, aux frais de l'État, aux militaires "Morts pour la France" pendant la guerre et fixe le principe de la tombe individuelle.

Au début de 1919 apparaît l'idée de "Monuments à la gloire des Poilus morts pour la France."
Le 3 août le Conseil municipal de Brou est favorable à l'érection d'un monument "aux Enfants de Brou morts pour la France".
Il inscrit pour cette construction un crédit de 4000 francs au budget et lance une souscription pour le complément.

Je n'ai trouvé aucun document sur l'attribution de la sculpture envisagée pour le monument mais celle-ci fut attribuée à Monsieur Félix Charpentier, sculpteur renommé, qui avait une résidence à Chassant.

Lors de la séance du 25 octobre 1919 le maire, Monsieur Hacault, avise le Conseil que la souscription a reçu le meilleur accueil et que près de 7000 francs ont été recueillis.

Le Conseil maintient la somme de 4000 francs précédemment votée et la complétera si nécessaire.
Une maquette de la statue qui surmontera le socle est exposée à la mairie.
"L'œuvre de notre grand sculpteur Charpentier est vraiment remarquable par la beauté du sujet, la vigueur et la noblesse qu'il a su donner à son "Poilu" partant à l'attaque."
"L'ensemble du monument qui sera élevé au centre de la place de l'Hôtel de Ville se composera d'un socle de 2m 40 de hauteur, surmonté de la statue du Poilu de même hauteur. Sur le socle seront inscrits les noms des enfants de la commune morts pour la défense de la Patrie."
" Monsieur le Maire prévoit que l'inauguration pourra avoir lieu au printemps prochain."


Lors de la séance du 16 avril 1920 Monsieur Legué, conseiller municipal, demande divers renseignements sur l'avancement des travaux et sur l'emplacement choisi.
Après lecture d'une lettre de Monsieur Charpentier annonçant que la statue du Poilu est bien avancée et signalant qu'il faut prévoir l'exécution du piédestal, une discussion s'engage sur le choix de l'emplacement prévu place de l'Hôtel de ville.
Monsieur Legué demande qu'un référendum soit fait auprès des familles des victimes. Cette demande, appuyée par d'autres conseillers, provoque de nombreuses protestations et la discussion s'envenimant, des paroles très vives étant échangées, le maire Monsieur Hacaut clôt la séance sans vote.
Est-ce dû à cette discussion? Mais Monsieur Hacault, après cette séance houleuse, démissionne de sa fonction et laisse à son adjoint, Monsieur Lamirault, le soin de gérer la ville.

Dans le compte rendu de la séance du 2 mai, on lit:

" Monument aux Morts : cette question qui n'avait pu être résolue à la précédente séance est renvoyée à une séance ultérieure après la nomination du Maire. En attendant il sera fait une réponse à Monsieur Charpentier, on pourra profiter d'un de ses prochains voyages à Chassant pour fixer définitivement, d'accord avec le nouveau Conseil Municipal, l'emplacement définitivement choisi pour l'érection du monument"

Le 30 mai Monsieur Lamirault est élu maire en remplacement de Monsieur Hacault.
Le 20 juillet 1920, une séance du Conseil municipal à lieu en présence de Monsieur Charpentier pour déterminer l'emplacement du monument.
"L'érection du monument sur la place de l'Hôtel de Ville ayant suscité des divergences de vues et des critiques, le conseil est appelé à fixer définitivement le choix de cet emplacement.
Il se rend avec Monsieur Charpentier sur les différentes places où le monument pourrait être érigé.
Son choix s'arrête sur le square de la place St Jean à l'angle de l'avenue de la Gare et de la rue de l'Hôtel de Ville, en face le groupe scolaire.
Le Conseil rentré en séance, ratifie ce choix par 12 voix contre 1, celle de Monsieur Charron qui voudrait le voir au milieu de la place St Jean ." (aujourd'hui place de la Nation)


Le 10 septembre, plusieurs plans pour le piédestal du monument sont soumis au Conseil, deux par M. Charpentier sculpteur et un par M. Wilhelm architecte à .Brou.
Le Conseil donne sa préférence au projet de M. Wilhelm, qui pourra être exécuté par M. Cochery, marbrier à Brou, et sous sa direction.

Le 11 février 1921, une lettre de Monsieur Charpentier informe Monsieur le maire, Félix Lamirault que le monument est prêt à être livré et l'informe "que la livraison pourrait s’effectuer par un camion dont il dispose, il pourrait envoyer en même temps celui de Dangeau, également achevé. La dépense évaluée à 1000 francs environ sera partagée entre chaque commune, proportionnellement à l’importance des sujets".
Le Conseil accepte cette proposition.
Le 11 mars 1921, Monsieur le Maire, soumet au Conseil le devis complet du Monument aux Morts dressé par Monsieur Wilhelm.
"Il s'élève à 10000 francs pour la statue du Poilu, œuvre de Monsieur Charpentier, à 9666 francs pour le piédestal qui sera exécuté par Monsieur Cochery, marbrier à Brou.
Le montant total, y compris les honoraires de l'architecte s'élève à 19660 francs. La souscription ayant atteint 8000 francs, une somme de 12000 francs sera prélevée sur les fonds libres pour faire face à cette dépense…….

Le monument sera élevé, comme il a été décidé, en face le pavillon central des écoles entre la rue de la Gare et la rue de l'Hôtel de ville. Le Poilu fixera son regard vers l'Est."
Les prévisions budgétaires sont dépassées car on peut lire dans la Dépêche d'Eure et Loir du jeudi 31mars 1921 l'entrefilet suivant:

Dépêche d'Eure et Loir du jeudi 31mars 1921

Le 24 septembre 1921, le Conseil adopte la date du 6 novembre pour l'inauguration du monument.
Pendant la séance du 19 octobre, le Conseil arrête définitivement le programme de l’inauguration du Monument et M. le Maire fait connaître les invités parlementaires et autres qui ont promis de se rendre à Brou le 6 novembre.
"M. Hamet prend la parole pour demander que la Municipalité et le Conseil municipal soient représentés officiellement à la cérémonie religieuse qui aura lieu à l’église.
Cette demande provoque une vive discussion ; MM. Lamirault, Robbe, Charron et Renard prennent la parole pour s'y opposer. Ils estiment que la cérémonie doit conserver un caractère civil.
M. Brillouet appuie la proposition de M. Hamet ; Il lui semble qu’on pourrait tenir compte, sans dommage pour personne des sentiments des familles éprouvées par la guerre.
M. Vallée réplique que ce n’est pas le moment de spéculer sur la douleur des parents pour faire intervenir la politique qui ne peut qu’amener la division.
M. Hamet demande que sa proposition soit mise aux voix. M. le Maire s'y oppose et M. Hamet proteste.
M. Legué refuse de se prononcer dans cette question qui est, selon lui, d’ordre politique mais il estime que la Municipalité doit être libre d’organiser cette cérémonie comme bon lui semble.
M. Paÿ dit que la politique n’est faite que pour ceux qui refusent de tenir compte des sentiments de la majorité de la population. Il demande à quel titre a été invité M. Violette, Président du Conseil général d’Eure et Loir.
Après une vive réplique de M. le Maire et de M. Charron, la discussion est close."

La discussion était close au Conseil, mais pas dans la population car le 26 octobre 1921, on pouvait lire dans le Journal de Brou l'article suivant :

Tribune Libre
CE QU ON DIT

On dit, dans le public, à Brou, que M. le Maire, passant outre au désir de la majorité de la commission des fêtes, a refusé d'associer le Clergé de notre ville, officiel-lement ou officieusement, à la solennité d'inauguration du Monument aux glorieux Morts de la commune.
S'il en est ainsi, le geste manque d'élé-gance, attendu que le monument est élevé par souscription à la mémoire de Ceux qui sont morts pour la France, et qu'on a fait appel à la générosité de tous nos conci-toyens, sans distinction de partis ou de croyances.
Dans ces conditions, il semblait qu'on dût ménager le plus possible, les suscep-tibilités de chacun en évitant, en ce jour de recueillement général, de ressusciter les vieux levains de discorde d'avant guerre
M. le Maire ne l'a pas voulu. Si c'est ainsi qu'il pratique la neutralité, il faut convenir qu'il n'a pas la main heureuse.
Un Souscripteur.

Les Marbres commémoratifs de l'église de BrouUn peu plus loin dans ce même journal :

"Église de Brou: Un service solennel sera célébré, dimanche prochain, 6 novembre à 10 heures, à la mémoire des Enfants de Brou, Morts pour la France. Le discours sera prononcé par M. le chanoine Coulombeau, directeur de l'Institut Notre Dame, aumônier militaire pendant la guerre……"

Cette querelle parait étonnante car, 18 mois plutôt, lors de la bénédiction des "Marbres commémoratifs", Marbres gravés des noms des Broutains morts au Champ d'Honneur et installés en l'église de Brou, on pouvait lire dans le Journal de Brou du 12 mai 1920 :

" Bénédictions des Marbres commémoratifs – La fête organisée en l'honneur de nos soldats, morts aux Champs d'honneur a eu le plus grand succès."
"A 10 heures, la Fanfare de la ville, les Sapeurs Pompiers, Le Conseil municipal presque au complet, toutes les sociétés locales avec leurs drapeaux, ont fait leur entrée solennelle à l'église……."







 

 

Les Marbres commémoratifs de l'église de Brou

Dans le Journal de Brou du 26 octobre paraissait aussi le programme de l'inauguration du "Monument aux Morts pour la France"

Journal de Brou du 26 octobre

Le dimanche, 6 novembre, l'inauguration commença par une messe, non prévue au programme officiel mais qui devait réunir une forte assistance si l'on en croit le Journal de Brou, du 9 novembre 1921, dont voici quelques extraits:

"Le programme officiel qui aurait dû être un programme d'union sacrée, n'avait malheureusement pas cette allure, puisque aucune cérémonie officielle à l'église n'avait été acceptée par la municipalité malgré d'énergiques protestations……"
"Monsieur le curé prit donc l'initiative d'un service auquel il convia tous ses paroissiens, sans distinction. A cette cérémonie, belle et touchante, la plus grande partie de la population était présente."
"On pouvait remarquer quelques conseillers municipaux dans la nombreuse assistance qui se pressait dans le cœur, on remarquait également une nombreuse délégation de l'Association des Mutilés et Veuves de guerre derrière leur drapeau; M. Durant-Brechet, député d'Eure et Loir était aussi présent.……"


Le programme officiel, lui, commença vers midi avec l'arrivée des personnes officielles et continua par le déjeuner
" A midi eut lieu, dans la salle des fêtes de l'Hôtel de Ville, le banquet intime auquel firent honneur toutes les personnalités et de nombreux souscripteurs formant un ensemble de plus de cent couverts"
Au champagne M. Lamirault, maire de Brou, prit la parole pour remercier les personnalités présentes et présenter les excuses de celles absentes, dont celles "de M. Charpentier, maître sculpteur, auteur de notre Poilu que vous admirerez tout à l'heure. Retenu chez lui, à Chassant , par une douloureuse maladie…… "

Le programme continua comme prévu par la signature du Procès verbal d'inauguration par les personnalités présentes. Puis vinrent les remises de médailles, le cortége vers le Monument aux Morts, où eurent lieu les discours, les remises de médailles d'ordre militaire, et chants patriotiques.

Procès verbal de l'inauguration du Monument aux Enfants de Brou
"Morts pour la France"

"Le Dimanche six novembre mil neuf cent vingt et un, à deux heures du soir,
Étant Maire M .Félix Lamirault, adjoints MM Emmanuel Robbe et Ismaël Rivière; Conseillers municipaux MM Bagault, Boucher, Brilouet, Chaignon, Charron, Gangné, Grillon, Hamet, Legué, Leroy, Marcille, Paÿ, Renard, Vallée, Vasseur et Wilhelm.
A été inauguré solennellement par M. Cassé-Barthe, Préfet d'Eure et Loir, chevalier de la Légion d'Honneur, le Monument élevé sur le square des écoles, à la mémoire des Enfants de Brou morts au champ d'Honneur, œuvre du maître sculpteur M. F. Charpentier, M Wilhehm, architecte et Cochery Marbrier,
En présence de M .André Lété, Sous Préfet de Châteaudun, Royneau, Sénateur, MM. Maurice Maunoury, Président de la commission du budget, Dr Gabriel Maunoury, Mignot-Bozérian, L Durand-Béchet, Députés d'Eure et Loir; MM. Jumeau, conseiller général du canton de Brou, Peigné, conseiller général du canton de Bonneval et maire de cette ville, MM. Robbe et Laigneau, conseillers d'arrondissement du canton de Brou, et M. Maupou conseiller d'arrondissement de Bonneval; MM. Billard, maire de Yèvres, Raimbert, maire de Dangeau, Chevereau maire d'Unverre, Foussard, maire de Vieuvicq, Morin, maire de Mottereau, Gaudichau, maire de Bullou, Hue, maire de Gohory, Germond, adjoint de Vieuvicq, Raymond Dupré, maire de St Victor de Buthon, le Colonel Echard, président de l'association des Anciens combattants du 302
MM. Bourgeois, juge de paix, Guérin, sous ingénieur, Collet, Lieutenant des pompiers, Cayer, chef de gare, Hiard, Président de la musique, M. Savigny, Président de la Fraternelle, Guillon secrétaire de mairie, M. Gauthier greffier de paix, E Bourgeois, juge de paix etc…
Et ont les personnalités présentes signé le Procès-verbal."


Suivent les signatures de toutes les personnalités désignées ci-dessus

 Le Monument aux Morts de Brou en 1921

Le Monument en 2003

 Lettre d'invitation adressée à Monsieur F. Charpentier par le maire de Brou

Sur le socle de ce monument sont gravés les 137 noms de Broutains "Morts pour la France" pendant les quatre années que dura le conflit de 1914-1918.
Cela représentait presque 10% de la population masculine de la commune, enfants et vieillards compris.
A voir ces chiffres on peut comprendre pourquoi la population de Brou, et d’ailleurs certainement, a été partie prenante lors de la construction du "Monument aux Morts".
Aussi, alors que les peines et les souffrances étaient encore vives, toute action ou parole amenait des réactions parfois virulentes tant au Conseil municipal que chez les habitants.

Raymond Lallet
Novembre 2003

Sources:
Délibérations du Conseil municipal de Brou, années 1919 à 1921
Journal de Brou, années 1918 à 1921
Photo Charpentier et lettre invitation: collection privée



 
 
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